Un vieux frigo, ça fait suer

Un vieux frigo, ça fait suer

Rien de tel qu’un frigo abandonné pour refroidir l’action face aux changements climatiques. Heureusement qu’au Québec, des brigades du fréon travaillent chaudement pour neutraliser l’ennemi ! En cette veille de valse-déménagement nationale, voici quelques conseils.

ÉCONOMIE / 14 juin 2018 / Moins de GES !  Par Sophie Benoit, source : https://unpointcinq.ca/economie/frigo-recyclage-gaz/

Trente-trois fois la distance aller-retour entre Montréal et Québec : c’est l’équivalent des émissions de gaz à effet de serre (GES) générées en un an par un seul réfrigérateur abandonné au bord du chemin, selon PureSphera, une entreprise de Sherbrooke qui a mis au point une technologie permettant d’en détruire les gaz nocifs.

Spécialisée dans la collecte et la revalorisation d’appareils de réfrigération et de climatisation, PureSphera recycle jusqu’à 96 % de leurs composantes et détruit 99,9 % des halocarbures – des gaz réfrigérants – qu’ils renferment, explique Mathieu Filion, directeur de l’exploitation. Ce faisant, elle estime qu’elle élimine environ 500 000 tonnes de GES par année… soit l’équivalent de 140 000 voitures compactes de moins sur la route.

Capter les gaz

Grâce au soutien de Nature-Action Québec et du Fonds d’action québécois pour le développement durable, l’entreprise a créé le programme FrigoResponsable, qui permet de récupérer les vieux appareils afin de les revaloriser ou de les éliminer sans danger pour l’environnement ou pour le climat, poursuit Mathieu Filion.

Car recycler un réfrigérateur ou un climatiseur ne suffit pas à réduire l’empreinte carbone de l’appareil en fin de vie, soutient-il. « Les entreprises de recyclage récupèrent ces appareils pour la valeur du métal mais ne traitent pas les matières polluantes ou dangereuses qu’ils contiennent, dit-il. La disposition en fin de vie est donc problématique, notamment en ce qui concerne les risques de contamination des sols et l’émission de GES. »

À son usine de Bécancour, PureSphera a mis au point un procédé unique de décontamination, poursuit Mathieu Filion. « Nous captons les halocarbures dans la mousse isolante et nous les détruisons par plasma à haute température, ce qui brise les molécules. Comme l’usine fonctionne à seulement 20 % de sa capacité, le potentiel de récupération est énorme. »

Une situation qui risque de changer à terme, car un nombre croissant de municipalités adhèrent au programme FrigoResponsable, précise-t-il. Mais le travail de sensibilisation qui reste à faire auprès des différentes clientèles concernées – municipalités, frigoristes, institutions, détaillants électroménagers – est colossal. « Il faut expliquer [quelles sont] les matières dangereuses que contiennent les appareils et [insister sur] l’importance de détruire les halocarbures. »

N’empêche, en six ans d’existence, le programme a permis de recycler, de revaloriser ou de détruire 400 000 appareils de façon sécuritaire. Une bonne nouvelle pour le climat !

Que faire avec le vieux frigo ?

Pour confier votre vieil appareil aux bons soins de PureSphera, vous devez habiter une municipalité ou une MRC adhérant au programme FrigoResponsable. Au Québec, c’est notamment le cas des villes de Montréal, de Laval, de Longueuil, de Sherbrooke et de Rimouski. Vérifiez si la vôtre fait partie de la liste en cliquant ici. Bingo ? Communiquez ensuite avec votre municipalité ou MRC.

Psst ! Le programme ne concerne pas uniquement les réfrigérateurs, mais aussi les congélateurs, climatiseurs, déshumidificateurs, refroidisseurs à eau ou à vin, celliers et thermopompes.

13 millions de piscines olympiques

Selon le projet Drawdown, mené par l’environnementaliste américain Paul Hawken, l’élimination des gaz frigorigènes utilisés dans les climatiseurs ou les réfrigérateurs est l’une des meilleures solutions afin d’éviter la concentration de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère. Selon ce groupe de chercheurs, une gestion efficace de ces gaz réfrigérants pourrait éviter l’émission d’environ 90 gigatonnes de gaz à effet de serre, soit le volume d’environ 13 millions de piscines olympiques.