L’Europe touchée par le trafic de gaz réfrigérant, 15 000 fois plus néfaste que le CO2

L’Europe touchée par le trafic de gaz réfrigérant, 15 000 fois plus néfaste que le CO2

Une enquête réalisée par l’ONG Environmental Investigation Agency (EIA) révèle le vaste trafic de HFC – des gaz réfrigérants 15 000 fois plus néfastes que le CO– qui touche l’Europe depuis plusieurs années pour contourner les réglementations visant à réduire son utilisation. Le réchauffement climatique pourrait donc bien s’intensifier encore davantage que prévu…

En matière de réchauffement climatique, on pointe le plus souvent du doigt les émissions de CO2, parfois celles de méthane. Utilisés comme fluides frigorigènes dans les réfrigérateurs et les climatiseurs, les hydrofluorocarbures (HFC) sont pourtant 15 000 fois plus puissants que le CO2, et à en croire l’enquête réalisée par l’EIA, l’Union européenne en importerait illégalement sur son territoire depuis plusieurs années.

La demande de HFC a explosé depuis l’adoption en 1987 du protocole de Montréal bannissant les chlorofluorocarbures (CFC) responsables de la destruction de la couche d’ozone, mais leur utilisation ne fait que depuis peu l’objet de régulations. Selon l’ONG, en 2015, on prédisait que les émissions de HFC atteindraient 4 à 5,5 milliards de tonnes d’équivalent CO2 d’ici 2050. L’Union européenne décide alors de serrer la vis en mettant en place la réglementation F-Gas, censée réduire leur utilisation de 79 % d’ici 2030 par rapport à la période 2009-2012.

Une initiative renforcée au niveau mondial en octobre 2016, lorsque les 197 parties du protocole de Montréal se réunissent à Kigali, au Rwanda, pour éliminer progressivement les HFC, en vue de leur suppression totale à l’horizon 2050. Ratifié par 69 pays (mais pas la Chine), l’amendement est entré en vigueur en janvier 2019.

Contrebande de gaz

Les conséquences de la réglementation F-Gas mise en vigueur en 2016 ne se font pas attendre : le cours des HFC s’envole et un marché noir se met en place. « En 2016 déjà, malgré le stockage massif de HFC en 2014 en vue de l’entrée en vigueur des régulations, des importations illégales de HFC – hors quotas – commencent à émerger dans les marchés européens », note le rapport de l’EIA.

En 2018, ces pratiques frauduleuses s’intensifient. Selon cette enquête, « plus de 80 % des entreprises sondées dans le cadre de l’enquête étaient au courant ou suspectaient l’existence d’un trafic illégal de HFC ». Un constat que confirment les données douanières de 2018, qui révèlent « qu’un grand nombre de pays membres de l’UE ont augmenté de manière significative leurs importations de HFC alors que les régulations imposaient une baisse de 37 % ». En tout, l’ONG estime que 16,3 millions de tonnes de eq-CO2 de HFC ont été placées illégalement sur le marché européen en 2018, soit environ 16 % du quota autorisé (101,2 millions de tonnes de eq-CO2).

Les auteurs de ce rapport ont également remarqué des discordances entre les exportations chinoises de HFC et les importations européennes, « qui pourraient indiquer des déclarations frauduleuses ». Les fraudes concernent surtout les pays en bordure de l’Europe – dont la Russie, l’Ukraine, la Turquie, et l’Albanie -, tentés par les prix bon marché des HFC en dehors du Vieux Continent. Selon l’ONG, si une partie des HFC hors-quotas serait dissumulée dans des voitures ou des bateaux, l’essentiel transiterait par les circuits douaniers classiques, en exploitant les failles du système comptabilisant les quantités importées. Les sanctions, de plus, seraient faibles et rarement mises en œuvre.

Un obstacle à la transition écologique

Le trafic de HFC est de toute évidence une mauvaise nouvelle pour la planète. « Étant donnée l’urgence de réduire les émissions de gaz à effet de serre, la réduction de l’utilisation des HFC est l’un des leviers les plus efficaces pour empêcher un emballement du réchauffement climatique », alerte le rapport.

« La réduction de l’utilisation des HFC est l’un des leviers les plus efficaces pour empêcher un emballement du réchauffement climatique»

D’un point de vue économique, ces importations frauduleuses risquent également de freiner le développement d’alternatives plus respectueuses de l’environnement. « La disponibilité continue des HFC en dehors du calendrier de réduction des HFC entravera l’adoption de technologies respectueuses du climat, et menacera à terme la réalisation des objectifs climatiques de l’UE, conclut l’enquête. Il est urgent que les pays membres de l’UE et la Commission européenne améliore rapidement la mise en viguer de la réglementation F-Gas et mette en place des mesures supplémentaires afin d’accélérer la transition vers les alternatives aux HFC ».

Parmi ces alternatives, listées par un article du Monde relayant le rapport de l’EIA : les hydrocarbures, comme le propane ou les hydrofluorooléfines (HFO), dont le potentiel de réchauffement global serait « très faible » selon Slimane Bekki, directeur de recherches au CNRS. Chargée de la campagne climat pour l’EIA, Clare Perry explique au quotidien que « cette transition n’est pas assez rapide, de sorte qu’il y a toujours une forte demande de HFC pour l’entretien de l’équipement existant », et qu’il y a « des obstacles à l’adoption de technologies de remplacement, comme un manque de connaissances ou des normes de sécurité désuètes ».

Source :
Sophie Kloetzli
https://usbeketrica.com/article/europe-trafic-gaz-refrigerant-15-000-fois-plus-nefaste-que-le-co2

Les hydrofluorocarbures, c’est quoi ?

Sous ce vocable un peu compliqué se cache le nom des gaz réfrigérants de deuxième génération, l’une des six principales catégories de gaz à effet de serre. Avant la fin des années 1980, les industriels du secteur utilisaient des chlorofluorocarbures (CFC), comme le fréon. Mais les États ont décidé 1987 d’arrêter leur production et leur consommation, qui représentaient un désastre pour la planète. Problème : les HFC qui les ont remplacés aujourd’hui dans les réfrigérateurs et les climatiseurs sont tout aussi nocifs, avec un effet 100 à 300 fois supérieur au CO2 sur le réchauffement climatique.

Pourquoi ce trafic pose-t-il problème ?

Si l’accord de Kigali, ratifié en 2016 par 69 pays, fixe un objectif de 85% de réduction des HFC d’ici 2047 et amorce une baisse de l’utilisation de ces gaz dans le monde, le trafic révélé par l’Environmental Investigation Agency (EIA) vient freiner ces avancées et pénaliser la politique climatique de l’Union européenne.

«  Ce trafic a d’importantes conséquences sur l’environnement, la sécurité et l’économie « 

Concrètement, explique Le Monde, la fin programmée des HFC en Europe a indirectement développé le marché noir pour ces gaz, devenus très chers avec une plus grande demande. Introduits illégalement dans l’Union européenne, ils transitent par la Grèce, la Turquie, la Bulgarie ou encore l’Ukraine avant de gagner toute l’Europe.

« Ce trafic a d’importantes conséquences sur l’environnement, la sécurité et l’économie et a des répercussions sur la stabilité du marché en Europe », déplore Nick Campbell, président du European FluoroCarbons Technical Committee, qui représente les industriels des HFC. Et les pays de l’UE aux frontières de l’espace communautaire ont perdu des millions d’euros en droits de douane.

Est-il possible de mettre fin à ce trafic ?

Oui, mais ça n’est pas si facile. L’accord de Kigali ne va « pas résoudre le problème puisque certains États, comme la Chine, ne vont geler leur production qu’en 2024, voire en 2028 pour l’Inde, avant de la réduire », affirme au quotidien Clare Perry, chargée de la campagne climat de l’association à l’origine de ces révélations. Cela pourrait inciter certains à continuer de vendre ces gaz en Europe, avec une réglementation plus drastique. Pour contrer le trafic, l’association EIA conseille, entre autres recommandations, de contrôler plus étroitement le commerce de ces gaz.

Les industries peuvent-elles se passer de ces gaz polluants ?

Pour l’heure, pas vraiment. Si l’Europe a fait un grand pas vers la baisse de l’utilisation de ces gaz, les alternatives comme l’ammoniac ou le propane restent encore chères, moins connues et moins pratiques que les HFC, encore très demandés. C’est un peu comme le principe des voitures électriques, a priori moins polluantes que les véhicules à moteur thermique, mais dont les technologies ne sont pas encore arrivées à maturité pour équiper des populations entières.

Source :
https://www.europe1.fr/sciences/comprendre-le-scandale-du-trafic-de-gaz-refrigerants-en-quatre-questions-3895973

Voir aussi
https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/04/30/l-europe-touchee-par-un-vaste-trafic-de-hfc-des-gaz-refrigerants-15-000-fois-plus-nefastes-que-le-co2_5456542_3244.html?fbclid=IwAR3cMETL7QuIu98ww_xDe75hhJ9px5qiJe9kWIQEVx8ZgrAhfYObMtj1eV8

Autre source :
http://www.leparisien.fr/societe/europe-alerte-sur-un-trafic-de-gaz-refrigerants-tres-nefastes-pour-l-environnement-30-04-2019-8063082.php